PLEIADES & PERSEPHASSA – Iannis Xenakis

Il aura été dit à plusieurs reprises que, grâce aux percussions, Xenakis réintroduisit la problématique du rythme que l’on croyait disparue de la musique contemporaine. Architecte, ingénieur et compositeur, ce géant de la composition écrit de la musique dont la structure complexe et harmonieuse fait paradoxe avec l’énergie explosive qui s’en extrait.
Les Percussions de Strasbourg sont fiers d’avoir collaboré si étroitement avec ce compositeur qui leur a dédié les oeuvres Persephassa (1969) et Pléiades (1979) devenues des incontournables dans le domaine de la percussion.

En 2022, nous célèbrerons à la fois le centenaire du compositeur et les soixante ans des Percussions de Strasbourg.

PROGRAMME 1 : AU COEUR DU SON (CONCERT SPATIALISE POUR 6 PERCUSSIONNISTES)
PERSEPHASSA – Iannis Xenakis (1969) 35′ 

KORE – Carmine Emanuele Cella (2019)  25′     

Se trouver au cœur du son est un rêve pour l’homme, redéfinir son espace, sa diffusion est un défi pour les compositeurs. Dans ce programme, le public est l’acteur central : les musiciens des Percussions de Strasbourg sont sur six scènes autour du public. Fermer les yeux et se laisser happer par le son, se rendre compte que c’est finalement le corps tout entier qui devient récepteur sonore, « de la tête au pied ». Tout n’est que sensations, découvertes, suspensions. Un monde sonore inouï et bien plus vaste que ce que nos yeux prétendent voir…

Iannis XENAKIS – Persephassa (1969)
Création : le 9 septembre 1969 au festival Persépolis (Iran) par les Percussions de Strasbourg
Commande : Ministère de la Culture (Direction de la musique) et Festival de Persépolis

« Xenakis, l’architecte du son, était fermement convaincu que rien ne justifiait que le son vienne d’une seule direction. À ses yeux, le dispositif habituel d’un concert, où la musique vient de devant, n’est qu’une possibilité parmi d’autres. » Guildo Fischer

Persephassa s’est imposée comme un classique définitif du répertoire pour percussions. Elle a été créée en 1969 en Iran par ses dédicataires, les Percussions de Strasbourg.

Le Titre Persephassa fait référence à la déesse Perséphone, ou Kore, personnification des forces telluriques et des transmutations de la vie. Celles-ci sont liées aux cycles cosmiques des espèces vivantes et à l’homme en particulier, la base étant la période, l’itération, essence même de la théorie des nombres et des mathématiques. C’est la raison profonde du rôle de la percussion qui symbolisait également les activités telluriques et célestes.

Au moment de sa création, Xenakis a proposé de nouveaux instruments, les simantras en bois ou de métal, déjà utilisés dans l’Orestie et dont l’idée d›origine se trouve dans les simandres des couvents grecs, «véritables nids d’une rythmique ancestrale non encore détruite par la Radio, la Télévision ou les invasions.»

Les 6 percussionnistes sont placés en anneau autour du public qui est ainsi enserré dans ces courants portés par la musique. Les trajectoires se croisent ou évoluent selon une chorégraphie sonore mise en scène par le compositeur. Avant qu’un jeu de cascades croissantes et décroissantes, de rythmes virevoltant dans l’espace et de nuages sonores chaotiques ne vienne à se déployer, les roulements de timbales du sextuor appellent Persephassa dans une incantation. Par une accélération progressive, la musique va transporter l’auditoire dans un gigantesque tourbillon. Si ce «tourniquet» évoque la danse des derviches tourneurs, Xenakis ne vise pas à la transe : de brusques coupures, brèves mais réparties d’une manière imprévisible, sortent sur la fin l’auditeur de sa torpeur.

Carmine Emanuele CELLA – Kore (2019)
Création : Le 9 octobre 2019 au Hangar Bicocca, Festival Milano Musica                                     
Le compositeur a bénéficié de l’aide à l’écriture d’une œuvre musicale originale du Ministère de la Culture

Kore est une pièce pour six percussionnistes utilisant des smart-instruments dispersés autour du public. Elle s’inspire de Persephassa, chef-d’œuvre de Iannis Xenakis, et a pour objectif d’étendre les possibilités découvertes par Carmine-Emanuele Cella avec sa création Inside-Out, interprétées en 2017 par Les Percussions de Strasbourg.
Dans Persephassa, créée par les Percussions de Strasbourg à Persépolis, en Iran en 1969, six percussionnistes sont disposés autour du public. Le traitement de l’espace en tant que paramètre musical est l’une des préoccupations majeures de la musique de Xenakis. L’impact spectaculaire résultant de l’utilisation de l’espace de cette façon est clairement visible dans plusieurs passages tout au long de la pièce, où des accents et des rythmes imitatifs circulent au sein de l’ensemble.
Les percussionnistes utilisent un large éventail d’instruments et d’effets sonores pendant la pièce, parmi lesquels des wood blocks appelés simantras, spécialement conçus pour Persephassa.
Avec Inside out, Carmine-Emanuele Cella propose plusieurs changements de paradigme. À l’aide de nouveaux appareils électroniques utilisés sur des percussions de grande taille, le compositeur a réussi à créer un nouvel instrument global et physique autour du public, joué conjointement par tous les musiciens. En 2017, ces appareils avaient encore une forme primitive, mais ils présentaient un potentiel extrême en termes de conception du timbre et d’interaction homme-instrument et la pièce a connu un grand succès.
Dans Kore, Carmine-Emanuele Cella reprend et perfectionne le procédé. Les percussions doivent être de taille importante pour rendre le système efficace (comme les timbales, la grosse caisse, le tam-tam, etc.) et les percussionnistes doivent être disposés autour du public, dans l’esprit de Persephassa de Xenakis.
De plus, inspirée à nouveau par Xenakis, Kore déploie six nouveaux instruments appelés Xulon basés sur la technologie développée pour Inside out. Les principales caractéristiques de Xulon font qu’elles modifient complètement le son et l’interaction avec l’interprète en fonction du geste. Ce processus crée des instruments augmentés capables d’intégrer complètement l’espace d’écoute, fusionnant l’immersivité de l’électronique globale avec la localisation de la source et créant un nouveau paradigme pour l’écoute du son électronique.

PROGRAMME 2 : RECITAL POUR 6 PERCUSSIONNISTES
PLEIADES – Iannis Xenakis (1979) 45′ 

WHIPLASH – Stéphane Magnin (2017)  35′ 

Tout d’abord, il y a l’un des plus importants ensembles de percussions en France et dans le monde, qui connaît un exaltant renouveau. Ensuite, il y a six musiciens qui lacèrent le silence de leurs fouets dans un geste d’une grande théâtralité avec Whiplash de Stéphane Magnin. Puis il y a Pléiades, une des plus belles pièces écrites par Iannis Xenakis. La richesse des timbres, la liberté et la cohérence de la composition font de cette oeuvre une aventure rythmique unique.

Iannis XENAKIS – Pléiades (1969) 45′
Commande : Ville de Strasbourg
Dédicataires : Les Percussions de Strasbourg
Re-création : 24.06.2011 avec la Cie l’Abrupt – Alban Richard, Festival Montpellier Danse, Opéra du Rhin

Les Pléiades évoquent d’ordinaire l’amas d’étoiles étincelantes dans l’épaule droite de la constellation du Taureau. Dans l’hémisphère nord, les Pléiades ne sont visibles qu’en hiver. Un télescope permet d’observer des douzaines d’étoiles dont six seulement sont repérables à l’oeil nu ainsi qu’un léger brouillard laiteux dans la même zone. Selon la mythologie grecque, cet amas d’étoiles représente les sept soeurs ou Pléiades, servantes d’Artemis, Déesse de la Lune. L’une des soeurs, Électre, aurait disparu sous forme de comète, rongée de chagrin après le siège et la destruction de la ville de Troie construite par son fils Dardanus, victime du célèbre stratagème du cheval de Troie. La blancheur et le brouillard dans lesquels les Pléiades apparaissent seraient le résultat des pleurs versés par les six soeurs abandonnées par Electre. Ainsi, le titre Pléiades fait référence aux six membres des Percussions de Strasbourg. Mais pour Xenakis, la référence à la multiplicité de l’existence semble plus importante. 

L’essence même de cette pièce repose sur le fait qu’elle n’est pas délimitable à une simple définition. Les instruments utilisés vont des claviers (vibraphone et marimba), aux divers instruments à percussion en passant par le «sixxen» – un instrument à percussion spécialement créé pour cette composition. 

La pièce est divisée en quatre parties dont les titres font référence aux matériaux de fabrication des instruments et aux sons que ces derniers produisent : «Mélanges» exécuté simultanément par diverses percussions puis «Métaux», «Claviers» et «Peaux». A l’écoute du sixxen, dans «Métaux», on pense immédiatement au gamelan d’Indonésie, en particulier à ceux de Bali, aux instruments utilisés dans la musique de fête au Japon, aux carillons des églises du bassin méditerranéen et aux cloches à vache des Alpes. La richesse de timbre du sixxen est en quelque sorte l’expression des différents types de vie menés par l’homme dont les métaux font partie intégrante. 

Tout en donnant une absolue liberté au concept d’une multiplicité de l’existence, Xenakis a su imposer une règle de diversité et d’unité dans la structure temporelle de sa recherche vers la création d’une seule et unique composition.

Stéphane Magnin – Whiplash (2017) – 35′
Commande : Percussions de Strasbourg

Whiplash, tout pourrait tenir en une seconde. Un face à face radical, lumière/silence, son/obscurité, cacher/montrer… Un temps contracté à l’extrême dans un claquement suspendu… Le fouet, instrument de percussion composé de deux lames de bois articulées et percutées, imite le claquement de l’arme qui porte le même nom. Six musiciens en avant-scène (percussionnistes ayant quitté leur planque instrumentale habituelle), debout, face au public, immobiles, silencieux. Théâtre sans histoire, dramaturgie sans personnage, mise en corps de la production sonore. Le son-geste d’un coup de fouet — whiplash — sifflement d’air ponctué d’un claquement sec imprime sa marque et devient le matériau de base de l’oeuvre. 

Par association, la partition réunit des instruments qui répondent aux caractéristiques acoustiques de ces deux familles sonores : le «son d’air» et/ou filé et le «claquement sec». 

Le propos musical, ni illustratif ni à message, part de ce geste-son fort et le transpose dans l’abstraction de l’écriture, du rythme, de l’esthétique, de la poétique, du jeu, sans forcer le trait. 

Coup de fouet, comme symbole de la verticalité, de la violence du pouvoir, de ses déclinaisons : dressage, agression, harcèlement, punition, persécution, torture, châtiment, exécution. La charge émotionnelle faite de tensions accumulées trouvera son exutoire par la transposition du coup de fouet dans le grésillement violent du son filé des métaux saturés ponctué par l’énorme claque des peaux surpuissantes.

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