PLEIADES & PERSEPHASSA – Iannis Xenakis

Il aura été dit à plusieurs reprises que, grâce aux percussions, Xenakis réintroduisit la problématique du rythme que l’on croyait disparue de la musique contemporaine. Architecte, ingénieur et compositeur, ce géant de la composition écrit de la musique dont la structure complexe et harmonieuse fait paradoxe avec l’énergie explosive qui s’en extrait.

De la collaboration étroite de Xenakis avec les Percussions de Strasbourg sont nées, à dix ans d’intervalle, deux œuvres fondamentales : Persephassa en 1969 et Pléiades en 1979. La première, travaillant sur la spatialisation du son, est une chorégraphie sonore. La seconde est une des plus belle pièces du compositeur. La richesse des timbres, la liberté et la cohérence de la composition font de cette oeuvre une aventure rythmique unique.

En 2022, les Percussions de Strasbourg célèbreront à la fois le centenaire du compositeur et les soixante ans de l’ensemble.


Iannis XENAKIS – Pléiades (1979) 43′
entracte
Iannis XENAKIS – Persephassa (1969) 29′

Iannis XENAKIS – Pléiades (1979) 43′
Commande : Ville de Strasbourg
Dédicataires : Les Percussions de Strasbourg
Re-création : 24.06.2011 avec la Cie l’Abrupt – Alban Richard, Festival Montpellier Danse, Opéra du Rhin

Pléiades, est l’une des plus belles pièces écrites par Iannis Xenakis. La richesse des timbres, la liberté et la cohérence de la composition font de cette oeuvre une aventure rythmique unique.

Les Pléiades évoquent d’ordinaire l’amas d’étoiles étincelantes dans l’épaule droite de la constellation du Taureau. Dans l’hémisphère nord, les Pléiades ne sont visibles qu’en hiver. Un télescope permet d’observer des douzaines d’étoiles dont six seulement sont repérables à l’oeil nu ainsi qu’un léger brouillard laiteux dans la même zone. Selon la mythologie grecque, cet amas d’étoiles représente les sept soeurs ou Pléiades, servantes d’Artemis, Déesse de la Lune. L’une des soeurs, Électre, aurait disparu sous forme de comète, rongée de chagrin après le siège et la destruction de la ville de Troie construite par son fils Dardanus, victime du célèbre stratagème du cheval de Troie. La blancheur et le brouillard dans lesquels les Pléiades apparaissent seraient le résultat des pleurs versés par les six soeurs abandonnées par Electre. Ainsi, le titre Pléiades fait référence aux six membres des Percussions de Strasbourg. Mais pour Xenakis, la référence à la multiplicité de l’existence semble plus importante. 

L’essence même de cette pièce repose sur le fait qu’elle n’est pas délimitable à une simple définition. Les instruments utilisés vont des claviers (vibraphone et marimba), aux divers instruments à percussion en passant par le «sixxen» – un instrument à percussion spécialement créé pour cette composition. 

La pièce est divisée en quatre parties dont les titres font référence aux matériaux de fabrication des instruments et aux sons que ces derniers produisent : «Mélanges» exécuté simultanément par diverses percussions puis «Métaux», «Claviers» et «Peaux». A l’écoute du sixxen, dans «Métaux», on pense immédiatement au gamelan d’Indonésie, en particulier à ceux de Bali, aux instruments utilisés dans la musique de fête au Japon, aux carillons des églises du bassin méditerranéen et aux cloches à vache des Alpes. La richesse de timbre du sixxen est en quelque sorte l’expression des différents types de vie menés par l’homme dont les métaux font partie intégrante. 

Tout en donnant une absolue liberté au concept d’une multiplicité de l’existence, Xenakis a su imposer une règle de diversité et d’unité dans la structure temporelle de sa recherche vers la création d’une seule et unique composition.

Iannis XENAKIS – Persephassa (1969) 29′
Commande : Ministère de la Culture (Direction de la musique) et Festival de Persépolis

Dédicataires : Les Percussions de Strasbourg
Création : le 9 septembre 1969 au festival Persépolis (Iran)

Se trouver au cœur du son est un rêve pour l’homme, redéfinir son espace, sa diffusion est un défi pour les compositeurs. Dans cette oeuvre, le public est l’acteur central : les musiciens sont sur six scènes autour du public. Fermer les yeux et se laisser happer par le son, se rendre compte que c’est finalement le corps tout entier qui devient récepteur sonore, « de la tête au pied ». Tout n’est que sensations, découvertes, suspensions. Un monde sonore inouï et bien plus vaste que ce que nos yeux prétendent voir…

« Xenakis, l’architecte du son, était fermement convaincu que rien ne justifiait que le son vienne d’une seule direction. À ses yeux, le dispositif habituel d’un concert, où la musique vient de devant, n’est qu’une possibilité parmi d’autres. » Guildo Fischer

Persephassa s’est imposée comme un classique définitif du répertoire pour percussions. Elle a été créée en 1969 en Iran par ses dédicataires, les Percussions de Strasbourg.

Le Titre Persephassa fait référence à la déesse Perséphone, ou Kore, personnification des forces telluriques et des transmutations de la vie. Celles-ci sont liées aux cycles cosmiques des espèces vivantes et à l’homme en particulier, la base étant la période, l’itération, essence même de la théorie des nombres et des mathématiques. C’est la raison profonde du rôle de la percussion qui symbolisait également les activités telluriques et célestes.

Au moment de sa création, Xenakis a proposé de nouveaux instruments, les simantras en bois ou de métal, déjà utilisés dans l’Orestie et dont l’idée d’origine se trouve dans les simandres des couvents grecs, «véritables nids d’une rythmique ancestrale non encore détruite par la Radio, la Télévision ou les invasions.»

Les 6 percussionnistes sont placés en anneau autour du public qui est ainsi enserré dans ces courants portés par la musique. Les trajectoires se croisent ou évoluent selon une chorégraphie sonore mise en scène par le compositeur. Avant qu’un jeu de cascades croissantes et décroissantes, de rythmes virevoltant dans l’espace et de nuages sonores chaotiques ne vienne à se déployer, les roulements de timbales du sextuor appellent Persephassa dans une incantation. Par une accélération progressive, la musique va transporter l’auditoire dans un gigantesque tourbillon. Si ce «tourniquet» évoque la danse des derviches tourneurs, Xenakis ne vise pas à la transe : de brusques coupures, brèves mais réparties d’une manière imprévisible, sortent sur la fin l’auditeur de sa torpeur.

LES DATES :

9 juillet 2021 : Pléiades -Plaine des Sports de Hautepierre, Strasbourg
25 juillet 2021 : Pléiades / Persephassa – Reggia di Caserta, Naples, IT
20 août 2021 : Pléiades – Château de Preisch, Moselle
11 septembre 2021 : Persephassa – Château du Hohlandsbourg, Haut-Rhin
19 mars 2022 : Pléiades / PersephassaPhilharmonie de Paris
10 avril 2022 :Pléiades / Persephassa – Megaron, Athène concert hall, Grèce
12 avril 2022 :Pléiades / Persephassa – Thessalonique Concert Hall, Grèce
9 juin 2022 : Pléiadesfestival des 60 ans des Percussions de Strasbourg -Théâtre de Hautepierre, Strasbourg
10 juin 2022 :Persephassafestival des 60 ans des Percussions de Strasbourg -Théâtre de Hautepierre, Strasbourg

Et de nombreuses autres dates bientôt annoncées

Visionnez notre concert à la Philharmonie de Paris sur Arteconcert.fr :

SORTIE DU LIVRE-DISQUE XENAKIS: PLÉIADES & PERSEPHASSA

2022 marque le centenaire de la naissance de Iannis Xenakis, qui fut probablement l’une des plus belles rencontres qui soit pour les Percussions de Strasbourg ainsi que les 60 ans de notre ensemble. A cette occasion, nous avons souhaité ré-enregistrer les deux oeuvres fondamentales pour la percussion que sont Pléiades et Persephassa, et créé un objet unique qui rassemble non seulement notre musique, mais également des textes et de l’iconographie racontant ce compagnonnage prolifique.

“Cet enregistrement peut à lui seul définir ce qu’est cet ensemble dans sa cohésion, son envie, son imagination, son enthousiasme, son talent. Entre les années 70 avec ses enregistrements historiques et aujourd’hui, il n’y a finalement qu’un pas de plus, un pas s’ajoutant à ceux des quatre générations qui ont participé à cette folle aventure, un pas de plus comme un relais passé de génération en génération, ne serait-ce que pour faire en sorte que le mouvement initié par tous les compositeurs qui ont écrit pour l’ensemble des Percussions de Strasbourg et au premier rang duquel Iannis Xenakis ne s’arrête jamais.”

Jean Geoffroy

Livre-disque en sélection France Musique  est disponible ici


LA PRESSE EN PARLE

La Croix – Bruno Serrou, le 25 février 2022

Un centenaire pour un soixantenaire… Pour célébrer leurs 60 ans, les Percussions de Strasbourg publient un superbe album tout Xenakis. L’ensemble y interprète Pléiades et Persephassa, cette dernière – emblématique de sa « cinématique sonore » – ayant été suscitée au compositeur par les Percussions de Strasbourg en 1968. Huit ans plus tard viendra une nouvelle commande : Xenakis livrera alors ses fabuleuses Pléiades, d’une sophistication et d’une inspiration stupéfiantes.

Le Monde Pierre Gervasoni, le 28 février 2022

Hsin-Hsuan Wu, jeune Taïwanaise qui a rejoint les prestigieuses Percussions de Strasbourg en 2017, n’en a pas la même perception. « Pour moi, Pléiades s’apparente à six étoiles qui circulent dans une galaxie », confie-t-elle, alors que « c’est la voix de la Terre qui s’élève de Persephassa », l’autre sextuor magistralement restitué par les Percussions de Strasbourg dans le livre-CD qui commémore en 2022 leur soixantième anniversaire.

Le Figaro —  Thierry Hillériteau, le 11 février 2022

Les 60 ans des Percussions de Strasbourg. Fidèle collaborateur et serviteur de la musique de Xenakis depuis les années 1970, l’ensemble célèbre le génie du compositeur et les 60 ans de sa création avec un somptueux livre-disque dédié à Pléiades et Persephassa (Outhere Music).

Resmusica — Michèle Tosi, le 12 février 2022

L’équipe s’est entièrement renouvelée mais les deux pièces, Persephassa (1969) et Pléiades (1979) sont inscrites au répertoire de la phalange strasbourgeoise. Elles ont été souvent rejouées en concert et plusieurs fois gravées, avec « cette évolution des regards » dont parle l’éminent percussionniste Jean Geoffroy dans les pages du livre-disque et cette maîtrise des instruments avec laquelle, quarante plus tard, les six musiciens abordent ces deux partitions.

CadencesÉlise Guignard, mars 2022, n°352

Depuis 1962, les Percussions de Strasbourg jouent un rôle de premier plan dans le monde de la création musicale.

Crescendo — Alex Quitin, le 16 février 2022

Le CD est une vraie réussite. Après tout, qui de mieux pour jouer Persephassa et Pléiades que les Percussions de Strasbourg ? Le jeu est clair, les nuances sont poussées à l’extrême, les rythmes sont précis… Ce sont des percussionnistes talentueux et expérimentés, et la virtuosité qu’ils déploient dans certains passages est à couper le souffle. Ils nous emmènent dans un voyage sonore époustouflant et rendent honneur à Iannis Xenakis

France Musique — le 28 janvier 2022

Histoire d’une rencontre exceptionnelle entre un compositeur et un groupe d’interprètes.

ConcertClassic.com — Alain Cochard, le 15 mars 2022

«  Il demeure que si un ensemble français s’imposait avant tous les autres pour cette célébration Xenakis, ce sont bien évidemment les Percussions de Strasbourg.» […]. Avec 400 œuvres créées en soixante ans, la formation peut se targuer d’avoir écrit un chapitre essentiel et foncièrement novateur de l’histoire de la musique. »

« Aussi abouti musicalement qu’éditorialement, le livre-disque sorti il y a peu réunit Les Pléïades et Persephassa. […] Avec Franck Rossi au côté de Jean Geoffroy pour la prise de son et au mixage, l’album Xenakis des Percus s’impose parmi les grandes parutions de ce début d’année et promet de faire pour très longtemps référence. »


  • © Jésus s.Baptista

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